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Hanni rien comprendre

2012 février 8
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C’est aujourd’hui la nouvelle donne en matière de mélodies populaires qui se font virales et dont les notes virevoltent désormais à l’envi à travers ondes et câbles pour se propager à vitesse grand V. Aussitôt diffusé, aussitôt vu, revu, forwardé, conseillé et propulsé comme à la parade au rang d’espoir d’une scène musicale mondiale, globale, boulimique et souvent fétichiste de la zapette. A ce prix-là, certains sont buzzés, glorifiés, sanctifiés puis, très rapidement crucifiés sur l’autel de la critique acerbe, venue après coup tacler au niveau du genou ceux-là mêmes qu’elle faisait briller l’instant précédent. Pour d’autres, par contre, les projecteurs mettent plus de temps à se braquer. C’est le cas de cet Américain aux racines épicées, qui fredonne certaines rengaines de son tout récent « Will the Guns Come Out » depuis près de trois ans déjà. Pas étonnant donc de voir le gaillard filmé par les caméras d’Arte (la Blogothèque) dans les rues de Belleville, user de « l’appel à un ami » pour se faire souffler les paroles oubliées de « Wait Wait Wait ». Aujourd’hui, cependant, nombreux sont ceux qui ont retenu toutes les particules de son patronyme, tant il a su se mettre les critiques en poche en dix brûlots rock qui fleurent bon le son garage du temps jadis. Reste l’épreuve des planches. Mais la route est (déjà) pavée de sold out .

S’il n’a pas vraiment un nom de rockeur, Hanni El Khatib en a à coup sûr la dégaine Cheveux gominés – gras ? – plaqués à la va-vite, barbe de quatre jours, collections de tatouages et lunettes noires, sans oublier ce grain ensoleillé que lui valent ses origines métisses. « Mon père est Palestinien, ma mère des Philippines. Ils sont tous deux nés dans leur pays d’origine et ont emménagé à San Francisco dans les années 70. C’est là qu’ils se sont rencontrés et m’ont conçu sur une chanson de Sade », confiait-il, à MTV, il y a quelques mois. Puis, Hanni est donc devenu neveu d’Oncle Sam, gamin de la Cité des Anges et même enfant du rock. Pas encore trentenaire, cet ex-directeur artistique pour la marque HUF – mais toujours excellent skateur – est venu à la musique par hasard, au fil d’une existence sans prise de tête que certaines rencontres ont orientée. Il y eut d’abord son ami Marc Bianchi, orfèvre de Her Space Holyday, un autre groupe californien (musicalement à des kilomètres de ce que propose El Khatib aujourd’hui) au sein duquel il fit ses premières piges en tant que musicien. Quelques dépannages au clavier et des coups de main à la gratte qui conduiront le premier à enregistrer l’album du second, et même d’y figurer. Entre-temps, il y eut Nicky Fleming, ami du collège retrouvé et, de suite, enrôlé pour se charger des fûts. Aujourd’hui, ce dernier est le seul qui accompagne Hanni sur scène – « J’adore ne jouer qu’avec un batteur, car, du coup, si je m’égare dans des impros ou des essais tordus, je ne mets pas tout le groupe dans la m*** Juste lui ! » (cf. Interview de LArecord.com). Colette, la Parisienne des boutiques du même nom, apportera elle-aussi sa petite pierre à l’édifice quand, séduite, elle fera traverser l’océan aux notes du jeune artiste. Sans oublier, enfin, Jamie Strong, fin artificier du label Stones Throw, qui permit aux chansons d’El Khatib de trouver un support matériel (via l’enseigne Innovative Leisure).

Des amitiés jalonnant son parcours, est donc né « Will the Guns Come Out », un premier disque en forme d’uppercut, très blues, parfois folk, toujours garage, d’inspiration doo-wop et souvent teinté de soul. Un tout délicieusement rétro où les héritages du passé se heurtent et se concassent à l’instar des carrioles old-fashionned illustrant la pochette. Une carte de visite imparable, renfermant des compos originales, mais aussi quelques-unes des covers dont le San-Franciscain a, depuis, fait une spécialité. Des reversions plutôt que des reprises, tant on peine parfois à les identifier. « J’ignore pourquoi je persiste à jouer des reprises que personne ne reconnaît jamais  » Sont ainsi passés dans la moulinette de Hanni El Khatib: « You Rascal You » (la vieille canaille chantée par Johnny et Eddy, mais surtout par Sam Theard, Cab Calloway ou Louis Armstrong), « Heartbreak Hotel » du king Elvis, « I Got A Thing » des géniaux Funkadelic (utilisée dans une pub de Nike), « Human Fly » des Cramps, « Millionaire » de Kelis et la liste n’est pas exhaustive. Gageons que le nouveau chouchou de la planète rock, en visite sous nos latitudes, ce mercredi soir, gratifiera ceux-là, bien inspirés, ayant obtenu le sésame pour sa prestation bruxelloise, d’emprunts et de clins d’yeux nouveaux. Les échos de ses live précèdent en tout cas le sieur El Khatib. Pas d’inquiétude, on vous racontera. Et quelque chose nous dit qu’Hanni reviendra par chez nous avec les beaux jours.

Un disque : Hanni El Khatib, « Will the Guns Come Out », Innovative Leisure Records/Because Music.

Article source: http://www.lalibre.be/culture/musique/article/718273/hanni-rien-comprendre.html

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